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Le manque d’appétit et la perte de poids
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Par : Mike Harlos MD, CCFP, FCFP

Qu’est-ce que l’anorexie (manque d’appétit)?

Le manque d’appétit est le sentiment de ne pas avoir faim. Tout le monde en a déjà fait l’expérience de temps à autre; par exemple, on n’a pas le goût de manger lorsqu’on se remet d’une grippe.

L’anorexie est un terme médical utilisé pour décrire l’état d’une personne qui connaît une perte complète d’appétit et ne manifeste pas d’intérêt pour la nourriture, et ce, pour une longue période. L’anorexie diffère de la perte d’appétit occasionnelle, car elle dure beaucoup plus longtemps.

La personne anorexique n’a aucun désir de manger, même si elle ne s’est pas nourrie depuis des jours. Au nombre des facteurs pouvant nuire à l’appétit, mentionnons une maladie, les médicaments, les traitements médicaux, la douleur, la constipation ou une obstruction intestinale, les plaies à la bouche et les sentiments d’angoisse ou de dépression. Les personnes atteintes d'une maladie grave développent souvent l’anorexie vers la fin de leur souffrance.

Cette forme d’anorexie n’est pas comme le trouble d’alimentation couramment appelé « anorexie mentale ».

 

Qu’est-ce que la cachexie (perte de poids)?

La perte de poids d'une personne en santé est attribuable à la fois à la réduction des calories consommées et à l’augmentation de l’activité physique. La perte de poids d'une personne atteinte d'une maladie avancée est bien différente.

Chez les personnes souffrant d’une maladie grave, la perte de poids n’est pas simplement due au fait de manger moins. Elle est plutôt causée par un dérèglement de la façon dont l'organisme absorbe les aliments. Le terme médical « cachexie » désigne la perte de poids et l’atrophie musculaire qui apparaissent lorsque le corps n’arrive plus à tirer profit des nutriments.

Ainsi, même si le patient mangeait, son corps n’arriverait pas à augmenter les réserves musculaires ou adipeuses nécessaires au maintien ou à la prise de poids.

Les personnes atteintes d’anorexie ou de cachexie éprouvent souvent de la fatigue et souffrent parfois de nausées persistantes.


Les causes de l’anorexie et de la cachexie

Les causes exactes du manque d’appétit en cas de maladie avancée ne sont pas tout à fait comprises. D’autres aspects y contribuent : les facteurs liés à la maladie même, le système immunitaire du patient et les réactions chimiques modifiées au niveau de l'organisme. Habituellement, la perte de poids se produit pour l'une des deux raisons ci-dessous. L’équipe de soins de santé choisira une démarche appropriée à la raison qui a causé le manque d’appétit et la perte de poids.
 


Incapacité d’avaler ou de digérer les aliments

Cette incapacité est souvent causée par :

  • un blocage quelconque, telle une obstruction de la gorge, de l’œsophage (passage de la bouche à l’estomac), de l’estomac ou des intestins;
  • une diminution de la vivacité d'esprit rendant impossible ou dangereuse l'action d’avaler;
  • une incapacité du système digestif à absorber la nourriture (comme dans un cas de diarrhée grave).

Dans de telles situations, l'organisme pourrait retirer les nutriments s’ils étaient ingérés. Il faudrait alors envisager la possibilité d’introduire une sonde gastrique pour gavage ou l’alimentation parentérale totale, compte tenu de la situation globale.


Incapacité de l'organisme à transformer les substances nutritives des aliments

Cette incapacité est la cause première de la perte de poids sévère (cachexie) chez les personnes souffrant d'une maladie avancée, comme le cancer. Notons aussi que la cachexie s’accompagne presque toujours d’un manque d’appétit. Dans le cas d’une maladie grave, le corps prend son énergie en puisant de ses propres muscles et matières grasses plutôt que d’utiliser les nutriments. Même si la nourriture est avalée et digérée, l'organisme n’arrive pas à en tirer profit.

Dans de telles situations, l'organisme ne peut utiliser les substances nutritives, et les méthodes d’alimentation alternatives ne freineront probablement pas la perte de poids.


Faire le tri des symptômes

Afin de déterminer les causes d’un symptôme, l’équipe de soins de santé posera souvent des questions, procédera à un examen médical ou cherchera à faire des analyses.


Questions de l’équipe de soins de santé

Votre équipe de soins de santé pourrait vous poser certaines des questions suivantes :

  • Dans quelle mesure le manque d’appétit vous incommode-t-il?
    • Un peu, moyennement, beaucoup?
    • Sur une échelle de 0 à 10, comment évalueriez-vous le manque d’appétit, 0 étant un bon appétit et 10, pas d'appétit?
       
  • Quand le manque d’appétit s’est-il manifesté?
  • Quelle en est la durée?
    • Inappétence toujours présente ou manifestation intermittente de symptômes (ceux-ci paraissent et disparaissent)?
  • Qu’est-ce qui atténue le manque d’appétit?
    • Boissons ou aliments particuliers?
    • Boire ou manger à un certain endroit?
    • Autre chose?
  • Qu’est-ce qui l’aggrave?
    • Boissons ou aliments particuliers?
    • Odeurs de cuisson?
    • Autre chose?
  • Avez-vous subi une perte de poids?
    • Si oui, de combien de livres ou kilos?
    • En combien de temps?
  • L’inappétence est-elle associée à la nausée ou aux vomissements, ou n'avez-vous tout simplement pas le goût de manger?
  • Comment va le fonctionnement intestinal?
    • Y a-t-il constipation, gonflements ou diarrhée?
  • Est-ce qu’il y a des douleurs ou des malaises à l’abdomen?
  • Parfois les membres de la famille sont plus inquiets du manque d’appétit que la personne elle-même. Comment se sent la personne face à son manque d'appétit?


Examen médical

Puisque le manque d’appétit et la perte de poids sont des symptômes qui peuvent découler de plusieurs problèmes, le fournisseur de soins de santé voudra vous faire passer un examen complet, qui pourrait l'éclairer sur les causes possibles des problèmes et l’aider à déterminer les analyses nécessaires.


Analyses

Il pourrait être utile d’obtenir des échantillons de sang, de procéder à une radiographie ou à d’autres analyses afin de déterminer ce qui est à l’origine du manque d'appétit et de la perte de poids.


Ce qu’on peut faire

La famille et les proches trouvent souvent inquiétantes une inappétence complète et une perte de poids. Notre réflexe naturel est d’encourager la personne à boire ou à manger dans le but de lui faire prendre des forces afin de vivre plus longtemps.

Cependant, les personnes atteintes d’une maladie grave peuvent se sentir bien même si elles mangent peu ou ne mangent pas du tout pendant des semaines ou des mois. En effet, les gens très malades n’ont pas faim ou soif comme les gens en bonne santé. Ainsi, forcer le malade à manger peut provoquer chez lui la nausée et un sentiment de détresse.

Tuyau : Le patient est souvent plus en mesure de décider quoi manger et quand manger, ou encore, de ni manger ni boire du tout.


Conseils aux soignants

  • Préparez plusieurs petits repas au cours de la journée plutôt que trois gros repas réguliers.
  • Évitez les mets épicés si le patient ne les tolère plus.
  • Évitez les odeurs de cuisson si elles dérangent le patient.
  • Ne soyez pas étonnés si le patient a un creux pour certains aliments un jour et ne veut rien en savoir à d’autres moments.
  • Évitez de vous frustrer quand le patient exige un mets particulier et en perd l’intérêt lorsque vous le lui présentez.
  • Laissez au patient les décisions quant à la quantité et à la variété des aliments ainsi qu’au moment de manger.
  • Sachez que les gens souffrant d’une maladie grave sont souvent rassasiés, même après quelques bouchées.
  • Ne tentez pas de forcer le patient à manger davantage, car le sentiment d’être rassasié peut engendrer des nausées et des vomissements.
  • Évitez de rendre le temps du repas stressant. Au lieu d’orienter la conversation sur la nourriture et les breuvages, discutez plutôt d’histoires intéressantes.
  • Sachez que le refus de se nourrir ne signifie pas le rejet du soignant.
  • À moins qu’un professionnel des soins de santé vous en fasse la demande, ne tenez pas compte du poids du patient de façon régulière.


Les soins de la bouche

Pour atténuer les effets de l’assèchement buccal, il est recommandé au patient de sucer des morceaux de glace ou des bonbons, ou encore de recevoir des soins buccaux. On peut humecter la bouche en la tamponnant avec de l’eau ou une solution saline. On peut également vaporiser la bouche d’une fine brume. Il ne faut pas oublier que plus la maladie est avancée, moins le patient est capable d’avaler. Dans le doute, il faut consulter l’équipe de soins de santé sur les types de soins pouvant être administrés en toute sécurité.
Voir aussi : Soins de la bouche
 


Ce que peut faire votre équipe de soins de santé

L’équipe en soins de santé trouve parfois des problèmes qui contribuent à l’inappétence. Au nombre des problèmes que l’équipe de soins de santé voudrait possiblement traiter, mentionnons :

  • la constipation
  • l’obstruction intestinale
  • les effets secondaires de médicaments
  • les déséquilibres chimiques sanguins comme un taux élevé de calcium


Les médicaments

L’équipe de soins de santé pourrait choisir un médicament ou une combinaison de médicaments afin de mieux gérer le manque d’appétit ou la perte de poids.

Les médicaments qui pourraient contribuer à l’atténuation de la nausée
Des médicaments pourraient être prescrits dans le but de mieux contrôler la nausée tenace que certaines personnes endurent. Les Métoclopramide (Maxeran®) et Domperidome (Motilium®) sont des médicaments qui aident à mieux gérer la nausée constante en accélérant la vitesse avec laquelle les aliments quittent l’estomac. Ils agissent aussi sur le centre de nausée du cerveau.
Voir  aussi
: La nausée et les vomissements

Les médicaments qui pourraient stimuler l’appétit
Certains médicaments aident à stimuler l’appétit. Cependant, malgré un meilleur appétit et une meilleure consommation alimentaire, si le corps n’arrive toujours pas à extraire les nutriments des aliments, cela ne se traduira peut-être pas par un regain de force ou une durée de survie plus longue. Ces médicaments peuvent tout de même donner de l’énergie et rehausser le sens de bien-être. Les médicaments les plus fréquemment utilisés sont des stéroïdes et des hormones spéciales appelées « médicaments progestatifs ».

  • Les stéroïdes tels que la prednisone et la dexaméthasone pourraient stimuler l’appétit à court terme (souvent moins d’un mois). Ce gain d’appétit n’entraîne habituellement pas une prise de poids. Parmi les effets secondaires possibles des stéroïdes à long terme, on note la confusion, la faiblesse musculaire, l’hyperglycémie et des lésions osseuses.
  • Les hormones, précisément les médicaments progestatifs comme l’acétate mégestrol (Megace®), pourraient aussi stimuler l’appétit, et ce, à plus long terme que les stéroïdes. Les gens qui prennent de l’acétate mégestrol pourraient aussi prendre du poids, quoique l’excès de poids consiste généralement en tissus adipeux plutôt qu’en tissus musculaires. Au nombre des effets secondaires possibles, on souligne la formation de caillots de sang dans les veines, une hausse glycémique et une hémorragie intermenstruelle chez les femmes.
     

Les antidépresseurs
Le manque d’appétit est un problème qui s’observe couramment chez les personnes déprimées. Des antidépresseurs peuvent être prescrits si l'on estime que la dépression contribue à l’inappétence. De plus, certains antidépresseurs ont des effets stimulateurs de l’appétit, peu importe leur influence sur l’humeur.


Sonde gastrique pour gavage, les liquides par voie intraveineuse et la nutrition

Parfois, lorsque le patient n’est pas capable de manger ou de boire, on peut administrer des liquides, des calories et des nutriments à l’aide d’une sonde gastrique pour gavage. La nutrition peut être administrée à l’aide d’un tube inséré dans le nez ou à travers la peau de l’abdomen vers l’estomac ou l’intestin. C’est ce qu’on appelle la nutrition entérale ou, plus communément le gavage.

Les liquides et les nutriments peuvent aussi être donnés par voie intraveineuse (alimentation parentérale totale ou APT) si le système digestif ne peut plus retirer les éléments nutritifs de la nourriture. Cette méthode diffère nettement d’une démarche qui consisterait simplement à administrer des liquides et du sucre dilué à l’aide d’un goutte-à-goutte intraveineux. L’APT fournit des protéines, des lipides et des glucides et nécessite qu’une ligne intraveineuse spécifique soit insérée dans une grosse veine, près du cœur (une ligne centrale). Ce genre de ligne peut entraîner des complications possibles, telles que la formation de caillots de sang ou des infections; notons aussi que l’administration de nutriments par l’APT (alimentation parentérale totale) n’est pas non plus à l’abri des complications (des lésions hépatiques pour n’en nommer qu’une). Ce n’est certes pas un traitement simple, et il ne doit être administré qu’après de sérieuses délibérations.

On peut envisager la possibilité de recourir à une sonde gastrique pour gavage ou à l’administration intraveineuse lorsqu’il y a entrave temporaire à boire ou à manger et que le problème digestif peut être réglé. À l’occasion, on se sert de ces moyens pour renforcer le patient avant un traitement de chimiothérapie ou une chirurgie.

Malheureusement, si la personne a subi une perte de poids parce que son état général a laissé son corps dans l’incapacité de transformer les nutriments, l’administration de nutriments par gavage ou par voie intraveineuse serait futile. Ce serait comme de laisser des matières brutes à l'entrepôt sans être passé à l’usine pour en faire la transformation. De surcroît, les risques associés à ces moyens pourraient mener à des complications néfastes.

La décision de procéder à l’administration de nutriments par gavage ou par voie intraveineuse nécessite des échanges avec les membres de l’équipe de soins de santé afin de déterminer s’il est possible d’atteindre les objectifs du traitement. Par exemple, on pourrait espérer une prise de poids, un regain de force et d’énergie ou une prolongation de la vie. Il pourrait sembler évident que le fait d’accroître l’apport calorique ne permettra pas d’atteindre ces objectifs ou que ce serait possible, quitte à entraîner un certain risque de complications. On doit donc se pencher, en collaboration avec l’équipe de soins de santé, sur tous ces facteurs.

Contenu revu en novembre 2011